Sexe de feutre et verges érigées avec "Eros"

Publié le par MASTER 1 TPE 2006-07

Les enfants et les adolescents jusqu'à l'âge de 16 ans ne devraient visiter l'exposition que sous la surveillance des adultes qui les accompagnent." L'avertissement figure en bonne place à la Fondation Beyeler, sans doute pour préserver les responsables d'un malheur similaire à celui qui échoit à Henry-Claude Cousseau, mis en examen à Bordeaux (Le Monde du 30 novembre).

 Intitulée "Eros", l'exposition peut prolonger, si on ose dire, les impressions ressenties devant les Picasso de Venise et de Vienne. L'artiste malaguène y figure d'ailleurs en bonne place, avec une dizaine d'oeuvres, après avoir fait sur le même thème et dans le même lieu l'objet d'une confrontation, terminée depuis le 7 octobre, avec Rodin.

"Eros, c'est la vie !", avait proclamé Marcel Duchamp. C'est une bonne part de l'art aussi. Sans remonter aux peintures préhistoriques - certaines sont remarquablement explicites -, l'exposition brosse, du XIXe siècle à nos jours, un panorama de l'art leste, lequel se confond avec l'art tout court.

Il peut être très subtil, comme le coup de foudre imaginé par Rebecca Horn, deux cornes de rhinocéros en mouvement qui, lorsqu'elles se rapprochent, créent un arc électrique. Ou très cru, comme ces mannequins abominablement sexués photographiés par Cindy Sherman. Comique, comme cette jeune femme surprise dans sa baignoire par un plongeur sous-marin (Woman in a Tub), de Jeff Koons. Lumineux, comme les néons de Bruce Nauman représentant une femme se masturbant. Poétique, et elliptique, comme le sexe féminin de feutre, drapé par Robert Morris. Arrogant, comme ces verges érigées captées par l'objectif de Mapplethorpe. Joyeux, chez Lichtenstein, ironique chez Lautrec, il se fait noir chez Alfred Kubin ou Félicien Rops, glauque chez Schiele, torride chez Bonnard. Quant à Balthus, il est aux limites de la pédophilie. Faut-il préciser qu'il s'agit de peinture ? Quand la photographie, la vidéo ou la sculpture s'en mêlent, le résultat est le même.

Des images, où le sexe est certes moteur, mais qui sont pertinentes car elles proposent des formes nouvelles. Il n'est que de les comparer avec la pauvreté de l'imaginaire du cinéma pornographique pour en apprécier la différence. Laquelle est sans doute bien plus perturbatrice, comme semblent l'avoir compris les nouvelles ligues de vertu, qui s'offusquent de ce type d'exposition. Elles ont vu juste : le vice est dans nos têtes, pas sur les murs.

Harry Bellet, Article paru dans l'édition du 05.12.06, Le Monde

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Publié dans Revue de presse

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