Les épaves à la Réunion; un trésor patrimonial sous les eaux

Publié le par MASTER 1 TPE 2006-07 METIERS PATRIMOIES

Le patrimoine maritime réunionnais gît pour une bonne part sous les flots. Environ 200 naufrages émaillet la courte histoire maritime de La Réunion. Menant un travail de fourmi, la commission archéologie du comité régional d’études et des sports sous-marins réunionnais en a répertorié une soixantaine depuis dix ans. Les plongeurs archéologues bénévoles vont mener cette année des fouilles sur plusieurs d’entre elles, dont - c’est une première - celle d’un bateau en bois.

“Selon les écrits, environ 200 épaves gisent par les fonds marins réunionnais, rappelle Éric Venner, président de la commission archéologie du comité régional d’études et de sports sous-marins ainsi que patron de l’association culturelle La Confrérie des gens de la mer. Nous en avons localisé et déclaré une soixantaine, dont beaucoup des Messageries maritimes depuis dix ans (ndlr : en 1997 voyait le jour cette commission).

Prudence face aux pilleurs d’épaves

Cette année, les plongeurs archéologues vont s’atteler à débusquer les restes de trois épaves, sonder les lieux, définir un périmètre pour établir les points où se trouvent les vestiges, cartographier tout cela. Armés de motopompes, de suceuse et d’appareil spécifiques à l’archéologie sous-marine, les plongeurs vont poursuivre les fouilles entamées sur le Bruxelles au large de Saint-Pierre l’année dernière. Le 3 mai 1897, ce vapeur belge “drossé par les courants s’est jeté sur les récifs ... à un endroit appelé par les pêcheurs de Saint-Pierre Le trou de l’enfer”, écrit à l’époque le maire de la commune. Sur les 43 naufragés, seulement 36 ont pu être sauvés. Le bateau s’étant disloqué et le temps restant des plus mauvais, les opérations de sauvetage se sont prolongées pendant plus de quatre jours... Autre site, autre histoire, la Confrérie et le comité d’archéologie, en partenariat avec la Drac, vont s’atteler à ratisser le site du naufrage de l’Élise. Cette goélette, qui appartenait à Antoine Valiamev, un négociant dionysien, a sombré à la pointe des Jardins le 15 juillet 1931. C’est certainement une erreur de jugement du capitaine qui a perdu ce navire. En effet, le navire, faute d’essence pour mettre en marche son moteur auxiliaire, n’aurait pas pu résister aux courants et aux vents qui l’ont précipité sur les brisants.

Les vestiges resteront sous l’eau

Enfin, le troisième chantier sous-marin pour 2007, concerne une épave en baie de Saint-Paul. “Nous avons trouvé un safran en bois en bon état. C’est une première. Nous n’avions jusqu’à très récemment (ndlr : deux ans) jamais fait pareille découverte. Les épaves localisées étaient plus récentes, faites de métal”, explique Éric Venner. Il ne veut pas en dire davantage par peur des pilleurs. Ainsi, le steamer anglais Warren Hastings, coulé en 1897, au large de Saint-Philippe, a souffert de cette espèce de rapace maritime. Quoi qu’il en soit, et avant d’en dire davantage sur la fantastique découverte historique sous les flots de l’Ouest, les plongeurs archéologues vont mener une campagne de fouilles sous-marines in situ en avril-mai. Il a fallu deux ans pour préparer tout cela (rassembler tous les éléments techniques, les autorisations...). Mais, tous ces trésors patrimoniaux resteront prisonniers des eaux. Il n’existe pas de moyens et de personnel qualifié pour mener à bien le traitement des pièces inventoriées comme l’électrolyse pour les pièces en métal (hublots, ancres...). Et pas non plus de musée de la mer permettant de présenter ces vestiges au public. “Il faut construire un pôle autour du patrimoine maritime pour valoriser ces épaves. C’est le patrimoine maritime réunionnais qui se trouve sous les flots. Ce pôle pourrait d’ailleurs rayonner au niveau régional”, appelle de ses vœux Éric Venner. En attendant, la mise sur pied d’une telle structure, de musées, la Confrérie des gens de la mer mène des actions pour faire découvrir ce patrimoine autrement. Entre expositions, films, livres et opération dans les écoles, l’objectif reste “la réappropriation de ce passé par les Réunionnais”. Et ça marche selon Éric Venner : “A Saint-Philippe, la population s’est approprié l’histoire du naufrage du Warren Hastings. Il y a même une fresque dans la commune. C’est le point commun de toutes les communautés, elles sont venues par bateau”.

Bruno Graignic, Clicanoo le 18 Février 2007

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