Actu patrimoine...
Tête maorie de Rouen: une loi ?
Mme Morin-Desailly est également maire adjointe chargée de la culture. La ville veut rendre à la Nouvelle-Zélande une tête de guerrier maori, peuple autochtone de ce pays.
La ville de Rouen maintient son objectif" "de confier à la Nouvelle-Zélande cette tête humaine afin qu'elle y soit inhumée de façon digne et respectueuse", a rappelé le maire.
"Il est utile de rappeler le sens de notre initiative qui s'inscrit dans une démarche éthique, respectueuse de la dignité humaine et du peuple maori", avait indiqué Pierre Albertini à l'automne dernier.
Pour la ministre de la Culture, Christine Albanle, la décision rouennaise, "unilatérale", a été prise "hors de toute procédure" et pourrait avoir des répercussions sur les autres musées français. Pour elle, cette tête fait partie des objets sociaux "au statut très particulier", qu'on ne peut apprécier "comme étant des restes humains qui tomberaient sous le coup de la loi bioéthique". La ministre avait donc saisi le tribunal administratif. Résultat: le 27 décembre dernier, le TA avait annulé la décision du conseil municipal en date du 19 octobre, autorisant la restitution de la tête. Motif: la ville aurait dû au préalalble consulter la commission chargée d'examiner les demandes de déclassement de "pièces" des collections publiques nationales.
Le commerce des têtes tatouées
Cette tête momifiée et ornée de tatouages a été déposée en 1875 au muséum de Rouen par un particulier. On ignore les circonstances de son acquisition par ce dernier.
C'est à la fin du XVIIIème siècle qu'avait commencé le commerce de têtes tatouées considérées come des trophées ou de objets de curiosité ou de collections lors de la colonisation de l'Océanie.
Interdit en 1831 par le gouvernement britannique, tant en Nouvelle-Zélande qu'en Australie, ce négoce s'est poursuivi illégalement bien au-delà. Depuis les années 1980, la Nouvelle-Zélande exige la restitution de tous les restes humains maoris qui figurent dans les collections occidentales.
Plusieurs villes à travers le monde, notamment Genève, Bâle, Manchester, Londres, Glasgow, Edimbourg, Copenhague et Brème, ont déjà répondu positivement à la demande néo-zélandaise. La cité normande est la première ville française à s'inscrire dans une telle démarche.
Des mesures contre les vols dans les églises
L'auteur du vol d'un bien culturel ou commis dans un lieu culturel ou de culte s'exposera à "une peine de 7 à 10 ans d'emprisonnement et de 100.000 à 150.000 euros d'amende". Aujourd'hui, une peine de 3 ans et 45.000 euros est applicable.
Le projet de loi se propose "d'élargir la notion de bien culturel" aux biens conservés dans les édifices religieux, qui "seront ainsi juridiquement mieux protégés". Par ailleurs, l'intrusion dans des monuments publics, qui n'était jusqu'à présent pas punie si aucune dégradation n'était perpétrée, sera passible d'une contravention de 1.500 euros.
La mise en place d'une coopération plus rapide avec les services de police, dès un vol commis, permettra de "gagner un temps précieux", a-t-elle dit. Des stages seront organisés par l'Ecole de la magistrature, avec les services de la Culture.
Mme Albanel a de son côté annoncé des actions en faveur de la prévention, pour plus de sécurité notamment, et des dispositions à envisager sur la question de la restitution des oeuvres. Ainsi, 5% du budget d'intervention du ministère - soit entre 25 et 30 millions d'euros par an - sera à partir de 2008 dévolu à la sécurité des musées et monuments historiques.
A compter de 2008, les 86 cathédrales françaises seront reliées aux commissariats de police le plus proche, contre quelques unes actuellement.e ministère va par ailleurs élargir la base de calcul de ses subventions en faveur des monuments historiques, publics ou privés, en y intégrant les dépenses de sécurité.
Un guide détaillant mesures, législations, informations techniques, etc, sera mis en ligne sur les sites des ministères concernés.
La France, dans le cadre de sa présidence de l'Union Européenne au second semestre 2008, évoquera également la question d'une harmonisation des législations européennes, notamment sur la question du recel. Délit continu en France, il est prescrit au bout de trois ans en Belgique, "plaque tournante" du trafic, selon plusieurs participants à la table ronde.
Après la conclusion de la table ronde, la ministre a remis à la maire de Vétheuil (Val d'Oise) un retable volé en 1973 dans une église de la commune et récemment restitué par un antiquaire belge.Le "Baiser de Judas", daté du début du XVIe, était arrivé après moult reventes dans les mains d'un antiquaire belge qui, après discussions avec le syndicat français des antiquaires SNA, a restitué l'oeuvre gracieusement.