Regard à hauteur d'homme sur la Commune de Paris

Publié le par MASTER 1 TPE 2006-07

Hippolyte Blancard, pharmacien aisé de la rue Bonaparte, a photographié les événements de la Commune, à Paris, de mars à mai 1871. Il n'est pas le seul, loin de là, mais son image de la préfecture de police en train de brûler est "exceptionnelle", selon Jean Baronnet, qui expose cet inconnu à la Bibliothèque historique de la ville de Paris. Cette photo prise des toits montre une épaisse fumée qui s'échappe du bâtiment d'où on distingue la flèche de la Sainte-Chapelle et la tour Saint-Jacques. Ce mercredi 24 mai, quatrième jour de la "Semaine sanglante" (25 000 morts), la Commune s'effondre sous les coups des Versaillais.

Hippolyte Blancard fait partie de l'armée de photographes, amateurs ou professionnels, qui ont documenté la construction des barricades, les représentants de la Commune qui siègent à l'Hôtel de Ville, la destruction de la colonne Vendôme et la Garde nationale en armes. En revanche, les images de la répression du mouvement, entre le 21 et le 29 mai, sont quasi inexistantes. A cause du danger à se trouver sur place mais aussi de la lourdeur du matériel et de la durée des poses, peu propice aux instantanés. Mais, dès juin, le "tourisme des ruines" engendre de multiples prises de vue que les curieux s'arrachent. "Les tirages sont regroupés en album ou diffusés sous forme de cartes postales", explique Jean Baronnet, qui précise que "les photomontages anticommunards sont également très appréciés".

UNE VISION EN RELIEF

Hippolyte Blancard a utilisé un appareil stéréoscopique qui permet, grâce à son double objectif, de prendre deux images simultanément dont le léger décalage offre au spectateur une vision en relief - la Bibliothèque historique de la ville de Paris en montre quelques spécimens. Surtout l'appareil est infiniment plus léger que les lourds appareils à pied et permet d'utiliser des plaques sèches au collodion, plus maniables que les plaques humides, même si le temps d'exposition nécessaire à la prise de vue est plus long.

Le travail de Blancard offre un beau panorama des événements tragiques de l'année 1871, mais sans arrière-pensées mercantiles. Il photographie ce qui l'intéresse, et son oeil privilégie d'abord les êtres humains, qu'il saisit sans affectation : les habitants de la Cité ouvrière de l'avenue Rapp regroupés autour du cratère provoqué par l'explosion d'une poudrière, le pompier en train d'arroser les vestiges du bassin de La Villette, un cafetier attablé devant son établissement dévasté, des gardes nationaux dans les jardins du Luxembourg, des lavandières qui battent leur linge sur les bords de la Marne à côté d'un pont détruit...

On peut regretter que cette passionnante exposition privilégie un regard historique plutôt que "l'oeil" du photographe. Et qu'elle n'insiste pas assez sur la personnalité du pharmacien amateur d'images, qui, indique Jean Baronnet, "acheva sa carrière dans les premières années du XXe siècle après l'avoir commencée au début du Second Empire". Et on saisit mal comment ces images, montrées au public pour la première fois, ont été conservées puis redécouvertes. Il est dommage enfin que les petits tirages anciens, qui auraient permis de plonger dans l'époque, soient quasiment absents de l'exposition. On leur a préféré des plus grands, actuels, pour faciliter la lecture.

Le Monde, le 30 Novembre 2006

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Publié dans Revue de presse

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